04.10.2009

When the Ireland says yes

EU_IR_432.jpgIl n'aura échappé à personne - enfin, à ceux qui ne s'en moquent pas comme leur dernière chemise - que l'Irlande a voté massivement "oui" au référendum en vue de ratifier le Traité de Lisbonne. Se pose alors la question de la ratification du même traité par les eurosceptiques de toujours au Royaume-Uni et ceux nouvellement acquis à la cause comme la Pologne et la République Tchèque. Les plus pessimistes comme les europhobes de toute l'Union redoutent ou espèrent que l'un de ces pays prendra soin d'envoyer sur les roses ce compromis portugais entre l'inoppérant Traité de Nice et le feu Traité établissant une Consitution pour l'Europe. Si moi-même je prévilégie ce que je dénomme  "l'Europe des Unions" (c'est-à-dire une Europe avec des niveaux de construction où les Etats membres transfèrent plus ou moins de souveraineté vers l'ultime forme fédérale) plutôt que ce bricolage, j'ai comme le sentiment que - si le Royaume-Uni (Atlantiste) et ces pays d'Europe centrales plombent le nouveau traité la situation - les losers de l'Europe paieront le prix fort au plan diplomatique. Je ne menace personne. Du tout ! Mais attention, on ne plombe pas ma dernière utopie avec doutes existentiels dignes d'une pisseuse.

25.09.2009

G20, troisième édition

G20.JPGSi Jacques Attali parle d'un "G vain" sur son blog, on atteint avec cette troisième réunion des vingt puissances (plus proche de trente par ailleurs) plus encore le point G de cette globalisation sectorielle qui me désole. Bien que je ne sois pas un adversaire de la mondialisation, la tournure institutionnelle qu'elle prend à un goût amer de déjà-vu.

Rejoignant partiellement Attali dans ces conclusions, si aucune institution ne sanctionnera les décisions qui seront prises au G20, je crains que la pluralité ne fasse que renforcer le manque de consensus. Mais la problématique n'est pas là. A quand bien même le G20 déboucherait sur une institution viable, celles déjà existantes sont grippées. La pandémie l'atteindrait car, en observant le fonctionnement des différentes institutions économiques mondiales, on ne peut que constater cette pathologie systémique en leur endroit.

Alors bien sûr, il y a des tentatives de réformes. Les USA peuvent toujours proposer aux pays européens de réduire leurs droits de vote au profit des nouveaux géants économiques, il s'agit là pas d'une "réfonte" du processus décisionnel au FMI mais uniquement d'une redistribution des cartes quand le jeu, factuellement, reste le même.

Le "G" n'est pas seulement vain car il ne mêne à rien, il l'est car la gouvernance mondiale ne peut se résoudre  à la seule perception sectorielle des choses. S'il existe des centaines d'OIG dans des secteurs aussi variés que la politique,  la culture, l'enseignement, la science, la santé et - bientôt - l'écologie, elles ne peuvent fonctionner séparemment  car on ne saurait réduire une société à une seule dimension. De plus, je suis intiment persuadé que les négociations entre Etats-Nations sont vouées à l'échec permanent. Plutôt qu'une diplomatie entre intérêts souverains, la globalisation exige un changement d'échelle pour replacer ces intérêts au niveau régional. Il ne me semble pas improbable que s'effectue à terme un évolution de la construction institutionnelle surpanationale vers celle suprarégionale (ou supracontinentale) lorsque l'Union Européenne finira sa mue.

22.09.2009

UNESCO and Co

Irina_Bokova.jpgFinalement, la compétition pour décrocher la direction générale de l'UNESCO avait cet arrière-goût de polémique qui peut presque rendre la culture intéressante. Non qu'elle ne le soit pas en terme général (enfin, "culture" peut avoir un sens différent selon ce que l'on y appose) mais elle devient rapidement ennuyante lorsqu'elle est gérée par des technocrates... alors que dire des diplomates ! Mais cette fois-ci, la bataille s'annonçait rude et hautement symbolique. S'opposaient deux candidats diamétralement opposés : d'un côté nous avons une femme (Irina Bokova) et, de l'autre, un homme (Faruk Hosni). Hosni avait tout pour devenir directeur général de l'UNESCO. Investir un homme oriental, peintre de sa qualité, ministre de la culture de son état et d'une culture, elle-même, multimillénaire aurait été un encouragement et une reconnaissance à la fois pour la culture dans le monde arabe. Face à Bokova, diplomate de métier et à la sensibilité d'officine, Hosni était vainqueur sur le papier. Mais, justement, il y a certains papiers que l'homme souhaite brûler. En effet, en 2008, il déclarait à propos des bibliothèque égyptiennes : "S'il s'y trouve des livres israéliens, je veux les brûler moi-même" ou encore : "Israël n'a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n'a jamais fait que s'approprier le bien des autres". Entre l'autodafé voulue et une rhétorique digne de Herr Goebbles, Hosni a du mal à cacher son antisémitisme. Ca fait tâche alors que l'UNESCO plaide pour le rapprochement des cultures et des peuples. Alors bon, tout symbole qu'il aurait pu être en étant investi, Faruk Hosni serait devenu surtout celui de l'obscurantisme. Alors on se console comme on peut en faisant de Bokova la première femme à ce poste. Il vaut peut-être mieux une culture de diplomate qu'une culture d'enfoirés mais, l'un dans l'autre, c'est la culture qui est concédée entre un trombone bureaucratique et les feuilles brûlées.

21.09.2009

Clearstream, ou presque ...

de-Villepin.jpgClearstream, outre désigner l'entreprise luxembourgeoise et le procès du même nom, signifie "courant limpide". Loin de l'être (limpide), le procès qui débute aujourd'hui n'en est pas moins un courant voulant que les sarko-balladuristes achèvent leur vengeance contre les villipino-chiraquiens.

Pour ce qui est du fond de l'affaire, tout le monde s'en fout éperdument tant que le sang coule. Alors la société du spectacle crée l'évènement en appelant au scandale quand l'opinion passe et passera encore l'éponge sur ce genre d'enfantillages. Au-delà du fait que ces jeux de pouvoir coûtent chers aux contribuables, le fait que le Président se constitue partie civile laisse songeur sur l'état de la justice en France. Bien sûr, il existe l'article 6 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme qui édicte le droit à un procès équitable quand la Constitution octroie au Président de la République une large immunité. Je passe nécessairement qu'il nomme des hauts magistrats, qu'il préside le Conseil Supérieur de la Magistrature et que le parquet n'a rien d'un corps révolutionnaire pour être encadré comme il se doit par le Garde des Sceaux. Cependant, et bien que je sois persuadé que De Villepin ne risque que sa carrière politique (d'ailleurs faudrait-il qu'il ait été élu pour prétendre en avoir une), les arguments de Me Leclerc sont révélateurs d'une justice à plusieurs vitesses, même chez les politiques. Mon plus grand regret reste que, au-delà des jeux de la rhétorique des avocats, ces considérations éthiques ne sont partagées ni par l'accusation, ni par la défense.

De ce fait, je ne couvrirai pas le calvaire de Dominique De Villepin et sa pendaison sur le croc de boucher dressé par Nicolas Sarkozy. M'autocensure-je ? Nullement monsieur le juge mais cette affaire entre l'actuel Elysée et l'ex-Matignon ne concerne finalement que deux endroits si peu éloignés dans un microcosme fort parisien.

18.09.2009

200.000 € pour un schtroumpf

La polémique du jour (et il faut croire que chaque jour crée sa polémique) est la visite du Président à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif estimée à 200.000 € par le syndicat SUD. Bien sûr, il y a ces gauchistes qui exagèrent dans leurs estimations. Bien sûr, il y a ces conversateurs qui nient sans rien faire transparaître des coûts occasionnés. Et, entre une propagande et une autre, il reste cet épiphénomène inintéressant  quant à une visite présidentielle et l'éternelle polémique des frais de la République.

 

sarkozy_rolex.jpg

Pour le premier, on peut s'interroger sur la nécessité que le Président fasse sienne la campagne du don d'organe. Même si les abdomens ouverts  qui en appellent aux dons thaumaturges de Sarkozy peuvent s'en désoler, il existe dans nos institutions des rôles définis constitutionnellement. L'interprétation actuelle de la norme suprême pour justifier l'hyperprésidence n'a de pendant que l'utilitas envers la dictature "républicaine" dans la Rome antique. C'était là une manière argumentée et intellectuelles pour dire , au fond, que Sarkozy devrait mieux s'occuper de ses valseuses plutôt que montrer ses cojones (par ailleurs, peut-être greffées ...).

Pour la seconde, que la "chose publique" est un coût dans une société où tout compte et se décompte me paraît normal. Maintenant s'oppose  ce Président-citoyen au monarque-Président. Le premier, digne de l'imagerie d'Epinal, nous revoie à la simplicité, à l'accessibilité et à l'humité de l'homme qui habite la fonction sans passion, sans plaisir, dans l'abnégation totale pour un idéal vibrant au nom de "patrie", de "nation" ou de "peuple". Le dernier, issu de n'importe quel croûte de la Renaissance italienne, nous renvoie à la sophistication, à la transcendance et à l'arrogance du prince de Machiavel. De ce conflit, la réalité fait que le plus terrien des ploucs  deviendra un monstre de suffisance  une fois le pouvoir conquis. Ainsi la chose publique coûte chère non pas pour son coût véritable mais par la paranoïa, la superficialité et ce manque de vertu qu'adopte le corps politique pour sa conquête du pouvoir. Comme les mauvaises habitudes perdurent, il n'est pas étonnant que le plus puissant des politiciens de France - et sans écho à la critique - ne mange pas de la merde avec une cuillière en argent.

Comme disait De Gaulle : "Vive la République ! et vive la Fiente !" ... ou alors ça devait être moi.

17.09.2009

La paix baraquée

Ehoud Barak et Barack Obama innovent aujourd'hui en créant le principe de "paix baraquée" pour l'Iran. Rien à voir avec la fameuse phrase belliqueuse de Kouchner qui, au sujet de la République des Mollahs, appelait le monde à se "préparer au pire" quand le pire "c'est la guerre". Non, la "paix baraquée" repose sur une déclaratoire qui va démentir les ambitions du complexe militaro-industrielle tout en concédant à la guerre sa nécessité.

bara-c-kx2.jpg

Principe que le Barak israélien applique avec zèle, faisant l'étalage de la supérioriété militaire d'Israël pour calmer les ardeurs de l'état-major (qui  souhaite justement se tester après sa débâcle au Liban) :

"L'Iran ne constitue pas une menace pour l'existence d'Israël. Israël est fort et je ne vois personne capable de représenter une menace pour notre existence." (Déclaration transcrite par Le Monde)

Et puis une paix baraquée, c'est reconnaître - outre sa supérioriété - la voie diplomatique. Alors quand le Barack américain renonce - selon The Wall Street Journal - au bouclier antimissiles en prétextant que l'Iran est incapable d'envoyer un missile où que ce soit, il laisse une porte ouverte à la Russie. Russie qui, ne sentant plus son expension menacée, pourra justement aider dans les négocations sur le nucléaire iranien.

Qu'importe l'orthographie de leur patronyme, les partisans de la "paix baraquée" s'échine à rendre le monde meilleur en montrant qu'ils en ont des grosses. Vu la taille dérisoire de notre armée, vu celle de notre président et je n'ose même pas imaginer ce qu'il nous reste entre les jambes à force que l'on baisse notre pantalon, je crains que ce principe intéressant soit inapplicable en France.

16.09.2009

HADOPI 2.0

285 voix contre 225 auront permis l'adoption d'HADOPI II. L'add-on n'offre pas de grand changement pas rapport à la version initiale censurée par le Conseil Constitutionnel. Pas de grand changement à l'exception de l'inclusion des recommandations légales émises par le conseil des sages, ça va sans dire dire. Et dire que le législateur est encore plus idiot qu'il n'y paraît n'est malheureusement que vérité. Au-lieu d'écouter ces vieillards grabataires qui siègent dans l'honorable institution (eux-mêmes nommés pour leur honorable amitié), le gouvernement aurait du consulter un juriste. Car si le Conseil Constitutionnel validera peut-être cette seconde version du texte, on doit ignorer à technocratland que le droit communautaire auquel nous sommes liés n'autorise pas un procès qui ne serait être contradictoire. La CEDH fera payé à coup de millions d'euros l'entêtement de quelques énarques qui, eux, achètent des CDs. En fait, politiciens et hauts-fonctionnaires doivent avoir de la merde dans les oreilles. Seule raison voulant qu'ils préfèrent "sécuriser" (je cite la loi HADOPI II) internet plutôt que d'entendre la sagesse voulant que les artistes soient rémunérés. Si nos gouvernants ne vivaient pas leur république brejnévienne, ils se rendraient compte de la réalité technique et sociologique autour du piratage informatique. La seule solution crédible en l'état serait d'imposer aux fournisseurs d'accès et de contenus la licence globale et de créer une institution indépendante  (regroupant tous les acteurs et pouvant être saisi par ceux-ci) qui répartirait les sommes selon une perception statistique des droits d'auteurs. Si l'Etat veut sévir, qu'il s'occupe des apprentis terroristes, pédophiles en puissance et fascisants qui insitent à la haine raciale en toute impunité.

15.09.2009

Joyeux anniversaire la crise

debord.gifLes journalistes vous diront qu'aujourd'hui c'est "l'anniversaire de la crise". En ce 15 septembre 2008, Lehman Brothers se cassait la gueule, emportant avec lui le domino de la finance mondiale. Si bien sur Le Monde corrige son article pour lequel je m'apprêtais à bondir en expliquant que la dite "crise" débute en août 2007 sous fond de subprimes, il n'en reste pas moins que la datation frauduleuse des organes de presse démontre l'inintelligence des journalistes. Ou plutôt, leur participation avouée à la société du spectacle, cette dernière voulant qu'un évènement s'autogénère lui-même en anniversaire et commémorations. Je range mon petit Debord illustré pour avoir une vision plus globale de la dite "crise". Depuis que je suis né, nous sommes en pleine crise. Et même l'année extraordinaire qu'est l'an 2000 n'eut été qu'un épiphénomène dans le cycle quand l'année 2001 provoquait un vent de panique sur les places boursières (d'ailleurs sensiblement secouées avec la crise asiatique de 1997). A quand bien le chômage reculait les années suivantes, les observateurs et analystes économiques s'enflammaient sur la précarité et la paupérisation croissante. Bref, "des paroles, des paroles, des paroles" pour signifier qu'il importe peu aux acteurs de l'économie qu'il y ait la crise car nous vivons de fait dans une crise perpétuelle. Celui qui n'a jamais rien pigé à l'économie s'en étonnerait mais il ne peut exister de fiabilité dans un système qui est faillible par définition. A l'inverse des révolutionnaires de salon, je n'estime pas que ce soit la faute du système mais - je ressors mon petit Debord illustré - de la société du spectacle qui trouve une raison et une justification à l'aliénation générale.

Le téléphone de votre correspondant n'est plus attribué

Qu'est-ce qu'une politique de ressources humaines au sein d'une entreprise ? Tout d'abord, ce n'est pas une politique strico sensus car elle ne concerne pas la sphère publique (à la différence d'une politique économique ou d'une politique culturelle par exemple). Ensuite, elle utilise un instrument comptable car elle parle de la masse salariale en tant que "charge". Finalement, il s'agit là d'une stratégie d'ensemble couplée à des motivations économiques que l'on nomme management. Mais qu'est-ce que le management ? Ca ressemble à s'y méprendre à la pédagogie : un brin de psychologie, une pincée de sociologie et une louche de chiffres accompagnent une grosse garniture indigeste de n'importe quoi. Si la méthode semble la même, l'approche est différente. Pour ce qui est de la pédagogie, on vise l'élévation et le bonheur de l'enfant.  Que c'est mignon ! Le management, lui, concilie l'élévation du chiffre d'affaires avec la joie de l'actionnaire.

suicide-FT.jpg
Lorsque le directeur des ressources humaines est un "manager", on a peine à croire de la dimension humaine qui accompagne "ressources" (excepté par l'exploitation des dites "ressources"). Aussi, on se met à parler en franglais pour dissimuler ce que l'on fait (quand les mots n'ont aucun sens, ils deviennent plus maléables) et on s'agite pour donner l'impression que l'on fait. La réalité entre l'entreprise paternaliste et la transnationale repose sur cette conception de la masse salariale. Lorsqu'on s'évertue à détruire le peu de repères que vous avez acquis en vous déplaçant tous les six mois et que l'on vous fixe des objectifs irréalisables pour en finir avec votre personnalité, il y a de quoi tout foutre en l'air. Le suicide ressemble en cela à la grippe : il est contagieux Ce qui m'étonne davantage dans cette vague suicidaire qui s'abat sur France Télécom est qu'il n'y a pas eu de sabotage de l'outil de travail.

Illustration : Domas pour La Provence

14.09.2009

A Taïwan, Chirac serait en prison à vie

Connaissez-vous Chen Shui-Bian ? Une rapide recherche sur Wikipédia vous indiquera qu'il était président de la République de Taïwan de 2000 à 2008. Loin d'être un fait anecdotique, un article du Monde nous apprend qu'il a été condamné à une amende de 6 millions $ assortie d'une peine de prison à vie pour des affaires de corruption. Bienvenue à Taïwan, classée seulement 39e selon le baromètre 2008 de Transparency International quand la France figure à la 23e place des pays les moins corrompus. Mais alors que Jean Tibéri a été frappé d'une peine de cinq mois avec sursis, 5.000 € d'amendes et d'une inéligibilité de trois ans ; alors qu'Alain Juppé a été condamné à quatorze mois de prison avec sursis et d'un an d'inéligibilité ; alors que Roland Dumas - le pauvre - a du faire trente mois de prisons dont six fermes et payé une amende de 6 millions de francs ; on pourrait croire que la corruption moins fréquente en France mérite des peines dérisoires. On pourrait le croire si être "homme politique" ne permettait pas d'avoir de fausses condamnations pour de vrais délits tels que : l'abus de confiance, l'abus de bien public et la corruption. Qu'il est dur d'être un voleur de pommes dans l'hexagone à côté de nos gangsters modernes et de leur parrain incontestable : Jacques Chirac.